Abdoulaye Gueye is the holder of the Transregional studies – EHESS/Iméra Chair for the 2025-26 academic year.
His research project at Iméra, the Institute for Advanced Study of Aix Marseille Université, empirically assesses the extent to and ways in which the colonial past is assumed to shape knowledge production in Africa.
It questions the degree of autonomy of current African knowledge production from the colonial intellectual legacy by introducing the concepts of internationalization-induced asymmetry and colonialism-induced asymmetry to differentiate academic inequality resulting from past colonial ties and that stemming from the globalization agenda of research.
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0:11 Je suis Abdoulaye Gueye, je suis né au Sénégal où j'ai vécu les premières années de ma vie. Ensuite, je suis venu m'installer en France où j'ai obtenu tous mes diplômes universitaires jusqu'au doctorat. J'étais basé à Paris dans des universités parisiennes dont l'École des hautes études en sciences sociales. Et après mon doctorat, j'ai fait le choix, entre guillemets, de partir, découvrir d'autres horizons. Ce fut grâce à deux bourses postdoctorales, une bourse de l'Agence Universitaire de la Francophonie, qui me permettait de choisir l'université où je pouvais atterrir.
0:43 Et j'ai fait le choix de l'Université Laval, qui est dans la province de Québec. Après ma première année là-bas, l'université elle-même avait ouvert une autre bourse postdoctorale. J'avais posé ma candidature et j'ai eu la chance de l'obtenir, ce qui a prolongé mon séjour. Donc j'ai passé deux ans et quelques, et après en cours de route, on m'a conseillé de postuler sur place, parce qu'apparemment ce n'était pas une nécessité d'être citoyen canadien pour obtenir un poste au Canada. J'ai tenté ma chance et j'ai obtenu un poste à l'Université d'Ottawa, et j'y suis depuis.
1:13 En termes de recherche, ce qui m'intéresse depuis le début de ma carrière, j'ai travaillé sur une catégorie assez spécifique qui est la catégorie intellectuelle africaine, mais hors du continent africain. Je me suis intéressé aux intellectuels africains en France en étudiant les stratégies d'intégration professionnelles de cette catégorie sociale. Et aujourd'hui, il y a un fil directeur entre ce que je fais dans le cadre de ma recherche ici à l'IMERA et mes travaux précédents sur les intellectuels africains en France. À l'EMERA, je travaille sur un nouveau projet.
1:42 Ce projet consiste à analyser et critiquer ce qu'on appelle la théorie de colonial. C'est une théorie dont la prémisse et la colonisation, ou le passé colonial, informent la production intellectuelle en Afrique. Ce qui m'a chagriné dans cette théorie, c'est qu'il n'y a pas en réalité de substance empirique pour hété les thèses et les hypothèses de ces auteurs-là. C'est la raison pour laquelle je me suis engagé. Ce que je voudrais faire, c'est apporter des preuves empiriques pour essayer de montrer si le passé colonial informe encore la production intellectuelle en Afrique et aussi, si
2:15 possible, apporter une contribution pour dépasser la théorie dite des coloniales en Afrique. Au tout début, je n'avais pas véritablement vu le lien entre mes recherches précédentes et la recherche que je mène ici à l'IMERA. C'est avec le recul que j'ai réalisé qu'en effet, il y a un lien. Parce que le tronc commun, c'est qu'en fait, je traite toujours de la même catégorie démographique et cette catégorie démographique, c'est la population intellectuelle africaine. Mais intellectuelle au sens large du terme, c'est bien évidemment les détenteurs d'un
2:42 doctorat, mais ce sont aussi des gens qui ont tout simplement un niveau d'études extrêmement élevé. Grâce à des bourses et des subventions que j'ai obtenues par le passé, en fait, ou bien à l'université de Harvard, ou bien à Princeton, ou bien à Stellenbosch, j'ai pu faire la rencontre de chercheurs qui, pour certains, ne travaillaient pas nécessairement dans le même domaine que moi. Mais à travers ces rencontres-là, je me suis rendu compte de l'importance d'un nouveau phénomène, qui est la question de la production scientifique sur le continent africain et
3:10 les questions qui se sont posées. À travers ces conversations-là, j'ai commencé à m'intéresser à la théorie des colonials, alors qu'au début, ce n'était pas ma tasse de thé. Et à force de lire sur cette théorie, j'ai réalisé à quel point j'étais insatisfait de ce qui était avancé. Et plus tard, lors d'un colloque, je crois, à Dakar en 2016, j'ai fait la rencontre d'une représentante de la Carnegie Corporation, une fondation très puissante aux États-Unis qui finance la recherche dans beaucoup de pays africains. Et au fil de cette conversation, j'ai réalisé à quel point il était important de se
3:41 questionner sur le financement de la recherche en Afrique. Et donc, voilà ce qui m'a amené, petit à petit, à développer ce projet de recherche-là sur cette analyse critique de la théorie décoloniale à partir de la bibliométrie africaine. Merci. Dans le cadre de ma recherche, je suis titulaire de la chaire au HESS Imera. J'ai eu la chance déjà d'avoir séjourné à l'OHSESS en tant que professeur invité en 2023. Donc j'arrive dans un environnement qui m'est familier. Et j'ai déjà développé des relations de partenariat avec des collègues de l'École des
4:11 Hauts-Études en Sciences Sociales. Mais je compte aussi profiter largement de la présence de collègues ici à l'Imera, des collègues qui ne sont nécessairement pas dans le même domaine de recherche que moi, mais dont les idées assez percutantes me permettront d'affiner et de parfaire autant que faire ce possible mes propres questions de recherche.