Mathilde Dewavrin holds the Citadelle/Iméra Chair "Utopian Views on Marseille" for the 2024-25 academic year. Her research project, "Chimeric Citadel: Creating a Sentinel Art" explores our relationship with our surrounding world in its many facets. What do we say about the places we pass through? How do we name them? Who inhabits the space where we set foot, where we look, where we reach out with our hands? These are the questions that the Chimeric Citadel project seeks to answer.

The goal of the project is to create an alternative mapping of the Citadel, blending sensory and scientific information through texts, drawings, and textures in order to rediscover the Citadel. The idea is to weave together human and non-human narratives to build new imaginary worlds, deeply rooted in their territory.

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0:10 Je m'appelle Mathilde de Wavrin, je suis artiste architecte basé à Berlin. Je travaille particulièrement sur la question des espaces publics et leur réappropriation. Mes outils, c'est des outils que je viens chercher dans le milieu du théâtre, de l'architecture, des métiers du bois, de la performance. Et ça me permet d'enquêter sur nos espaces de vie et proposer des imaginaires alternatifs. À l'IMERA, je suis titulaire de la chaire IMERA Citadelle pour mon projet qui s'appelle Citadelle chimérique pour un art sentinelle.

0:36 C'est un projet qui va se dérouler à la Citadelle de Marseille. L'idée va être de venir collecter un maximum de points de vue qui sont dans la Citadelle même, mais aussi dans son environnement proche, pour essayer d'en apporter une cartographie. L'idée, c'est de regarder des points de vue qui sont à la fois des points de vue humains, mais aussi des points de vue non-humains, et de ne surtout pas mettre de différence de valeur là-dedans, de différence d'importance. Par exemple, Ce serait regarder la trajectoire de vie d'une pierre sortie de sa carrière,

1:05 utilisée pour la construction du fort, délogée au moment de la Révolution, qui va devenir un appui de fenêtres dans un Trois-fenêtres marseillais, et en même temps arriver à cartographier le parcours de vie de Charlaine, charpentière maritime, qui bosse sur un chantier naval au pied de la Citadelle et qui collectionne les petits cailloux qu'elle trouve sous sa semelle de chaussures, par exemple. Comment est-ce qu'on vient faire cohabiter ces deux histoires sur une même cartographie ? C'est ce genre de choses que j'ai envie de regarder.

1:29 Quand on fait cohabiter des choses qui ont des réalités de temps et d'espace aussi différentes, ces cohabitations créent forcément des distorsions, et qui sont des espaces dans lesquels viennent se loger les utopies. Les utopies vont pouvoir aussi permettre à tout un chacun de se glisser dans l'histoire de la Citadelle, de se glisser dans ces espaces-là, et d'apporter leur propre lecture et leur propre témoignage des mutations qui sont en train de se passer dans ces espaces-là. Et c'est là-dessus que j'ai envie de travailler et que mon travail va s'articuler.

1:56 Après avoir travaillé plusieurs années en agence d'architecture, j'ai ressenti le besoin de faire prendre un tournant à mon métier pour pouvoir passer plus de temps à me poser les questions qui étaient importantes pour moi, de type la place de l'individu dans la fabrique de la ville. En faisant ça, je suis allée vers des terrains comme le théâtre dans l'espace public, la performance, l'écriture de fiction, les chantiers participatifs. Et tout ça m'a permis d'avoir une pratique qui maintenant se mêle autour de cette réappropriation des espaces publics.

2:22 Travailler aujourd'hui sur un terrain comme la Citadelle de Marseille, qui est un lieu qui a été fermé pendant 300 ans, qui a été construit sous Louis XIV, qui a été une figure d'oppression et qui aujourd'hui est en train d'être réouvert à un public. C'est une chance immense puisque ça permet de parler de toutes ces thématiques-là. Et donc, bien que son histoire soit très dense, ces histoires réelles et utopiques sont encore à écrire. Pour multiplier les points de vue sur ce site de la Citadelle, je vais embarquer avec moi

2:51 les résidents et les résidentes qui sont actuellement à l'IMERA. Je pense que suivant la sensibilité de chacun, chacune, on ne regarde pas les mêmes choses, on ne donne pas l'importance aux mêmes objets, aux mêmes espaces, et c'est ça qui m'intéresse. Au-delà des chercheurs et chercheuses en résidence à l'IMERA, j'aimerais aussi inviter des personnes qui font partie de l'Université Aix-Marseille, j'aimerais inviter des agricultrices, des cueilleureuses, des artistes, des personnes qui vivent aux alentours de la citadelle, mais également entendre les histoires des personnes qui travaillent à la

3:22 citadelle et qui ont été en contact historiquement avec ce lieu. J'aimerais également mettre en place des conférences qui prendraient la forme de balades ou de repas et qui s'adresseraient à des publics différents des publics habituels des salles de conférences. L'idée, ce serait que ça vienne sûrement vers la fin de la résidence et ça permettrait de parler de tous ces multiples points de vue qui ont été abordés. Mais bon, tout ça va encore évoluer.