Philippe Albouy est titulaire de la Chaire ILCB / Iméra – Langage, communication et cerveau pour l’année 2025-26.

Son projet de recherche à l'Iméra, Institut d'Études Avancées d’Aix Marseille Université, propose une approche globale intégrant des données neuronales multimodales et multi-échelles pour explorer la perception et la mémorisation de la parole et de la musique, faisant progresser notre compréhension globale de la cognition auditive en vue d’une application au traitement chirurgical de l’épilepsie focale pharmacorésistante.

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0:11 Je suis Philippe Alouis, je suis professeur agrégé au département de psychologie de l'Université Laval. Je suis chercheur en neurosciences cognitives au Centre de recherche cerveau, au Centre de recherche du CHU de Québec, au Canada. Et je suis titulaire de la chaire Imera et LCB pour l'année 2025 -2026. Ma recherche est en neurosciences cognitives et en neuro-imagerie. On essaie d'étudier les mécanismes cérébraux qui sont associés à la perception, à la mémoire de stimuli auditifs, comme la parole et la musique. Et pour ça, on utilise la neuro-imagerie, une façon d'imager le fonctionnement cérébral et

0:42 des approches de neurostimulation pour moduler l'activité du cerveau. Et enfin, des approches qu'on appelle invasives, donc d'enregistrement intracérébraux chez des patients atteints d'épilepsie pharmacorésistante. Le projet que je vais développer cette année, en collaboration avec des chercheurs à l'Institut des Neurosciences et Systèmes de la Timone et des chercheurs de l'ILCB, vise à étudier chez des patients épileptiques et chez des sujets sains comment le cerveau humain perçoit la musique et le langage, qui sont les deux signaux auditifs principaux pour la

1:09 communication chez l'homme, avec l'objectif d'appliquer ça à la chirurgie de l'épilepsie. On travaille avec des patients épileptiques qui sont atteints d'une épilepsie réfractaire aux médicaments, c'est-à-dire qui résistent aux médicaments. Ils font beaucoup de crises par jour. Ces crises sont associées à une activité anormale dans le cerveau, dans une région très précise du cerveau. La seule solution pour arrêter ces crises chez ces patients, c'est d'envisager une résection, donc une chirurgie de la zone épileptogène. Mais on veut estimer quelles sont les conséquences de cette résection.

1:39 Ce sont les travaux qu'on développe, c'est essayer de comprendre si les chirurgiens enlèvent cette zone du cerveau chez notre patient, quelles vont être les conséquences pour le langage, la musique et ce genre de choses. J'ai commencé mon parcours par étudier le cerveau sain, avec des approches de neuroimagerie qu'on appelle non-invasives. Ce sont des approches qui permettent de voir l'activité du cerveau, telles que l'IRM fonctionnel, ou des approches de magnéto-encéphalographie ou électro-encéphalographie, qui permettent de voir l'activité du cerveau, soit électrique, soit la consommation d'oxygène

2:08 dans le cerveau. Et ça, en fait, ça nous permet d'étudier dans le cerveau sain, quels sont les circuits et les régions cérébrales qui communiquent entre elles lorsqu'on fait une tâche cognitive. Et moi, je m'intéressais particulièrement à la perception auditive et à la mémoire. Avec ces connaissances-là, en 2021, au CHUT de Québec, on a commencé à développer le programme de chirurgie de l'épilepsie. Donc avec nos patients qui ont atteint d'épilepsie focale pharmacoresistante, chez qui on va faire une évaluation de l'activité cérébrale avec des électrodes implantées dans le

2:39 cerveau. Et donc les connaissances qu'on a développées chez le sujet sain nous permettent de faire ensuite des prédictions chez les patients, parce qu'on sait que tel ou tel réseau cérébral devrait être impliqué dans telle ou telle tâche cognitive, telle que la mémoire, la perception, l'attention. En parallèle, on a essayé de développer des outils de partage de données électrophysiologiques, avec notamment une plateforme qu'on appelle EEGNET, qu'on a commencé à développer en 2021 et qu'on continue à développer, qui vise à partager les

3:05 données électrophysiologiques et comportementales qu'on acquiert et que d'autres centres de recherche acquièrent, pour que d'autres chercheurs dans le monde puissent analyser ces données et faire des découvertes intéressantes sur l'épilepsie, mais aussi en neurosciences cognitives. Merci. Concernant ma recherche, les attentes avec le milieu académique ici sont très claires parce que j'ai déjà bien identifié les collaborateurs avec qui je vais développer des nouveaux programmes de recherche dans l'environnement Aix-Marseille Université.

3:29 Pour ce qui est de l'IMERA, ça vient à peine de commencer, donc je découvre un petit peu les expertises des autres résidents et je vois naître en tout cas chez moi un intérêt pour une collaboration avec notamment les artistes car je m'intéresse à la fois à cette collaboration-là pour illustrer un petit peu le fonctionnement cérébral parce que c'est toujours plus simple de le comprendre grâce à un support visuel et dynamique qui peut nous montrer comment le cerveau fonctionne. Et puis dans le cadre de l'épilepsie, on a commencé à demander à nos patients de dessiner

3:53 leur crise. Parfois il y a des pertes de conscience mais parfois pas, parfois les patients sont conscients pendant leur crise. Et comme les patients ont tous des crises, des sémiologies extrêmement différentes, le dessin parfois leur permet de partager ce qu'ils ressentent ou ce qu'ils vivent à travers de la crise et ça, ça peut avoir un intérêt à la fois artistique mais également pour l'équipe médicale. Et ça c'est quelque chose je trouve qui pourrait être très intéressant à développer pendant le séjour ici à l'IMERA.